Si vous ne voyez pas la newsletter, cliquez ici

N°23 - décembre 2015

 Bienvenue dans l'ère du recyclage des matériaux de construction

La gestion des déchets de chantier est un des grands défis qui vont se poser au secteur du bâtiment dans les années à venir. Les entreprises bien sûr sont concernées, mais les maîtres d'ouvrage le sont aussi, qui peuvent introduire des critères correspondant dans leurs appels d'offres.

 

En France, les déchets du BTP représentent près de 250 millions de tonnes par an. A l'horizon 2020, la loi sur la transition énergétique fixe un taux de valorisation à 70 %. A l'heure actuelle, seuls 40 % de l'ensemble de ces déchets sont recyclés, avec des disparités selon les matériaux, les bétons approchant les 60 % alors que les matériaux de second oeuvre, carrelages, papiers, menuiseries arrivent péniblement à 40 %. Sans tri, le coût d'élimination de ces déchets est estimé à plus de 2,5 milliards d'euros par an. On pourrait imaginer que cette enveloppe soit mieux utilisée si elle était orientée vers le recyclage.

La fédération régionale du bâtiment (FRB PACA) édite de nombreux guides à l'usage des entreprises pour les sensibiliser à la gestion de ces déchets de chantier (www.dechets-chantier.ffbatiment.fr). Florent Bigo, responsable "Environnement - Métiers" de la FRB, estime que "les entreprises ont bien compris aujourd'hui les enjeux, mais il reste des difficultés, notamment pour trier et recycler les déchets de chantier diffus, produits en petites quantités mais qui deviennent importantes additionnées." Au-delà d'un accord avec des prestataires pour proposer des solutions de recyclage concernant certains types de déchets peu valorisés, la FRB va mettre en place une opération d'accompagnement des maîtres d'ouvrage pour qu'ils prennent mieux en compte cette problématique dans la rédaction de leurs appels d'offres. "Il pourrait très bien y avoir systématiquement des critères de sélection des entreprises qui soient liés à la gestion et au recyclage des déchets. Nous menons des actions d'information auprès des maîtres d'ouvrage, leur responsabilité est aussi là", précise Florent Bigo.  

 

"Mieux gérer les déchets de chantier", brochure édité par la FFB et l'ADEME. (Dessin Sylvain Cappelletto)

Les maîtres d'ouvrage en première ligne

L'enjeu stratégique aujourd'hui pour le secteur du bâtiment est de passer d'une logique de la gestion des déchets, toujours fastidieuse et qu'on rechigne à mettre en place, à une logique de la gestion des ressources, en concevant en amont des bâtiments qui produiront au final moins de déchets. Une conception qui prendrait en compte, avant toute chose, les matériaux à disposition, leurs dimensions ou leur tonnage, pourrait à coup sûr ne pas produire de déchets. De la même façon que la meilleure énergie renouvelable est celle que l'on ne consomme pas, le meilleur recyclage est celui du déchet qui n'est pas produit. La piste est vaste mais une fois encore, les maîtres d'ouvrage doivent savoir qu'ils sont en première ligne pour prendre les mesures adéquates. Les bailleurs sociaux en sont déjà conscients. Selon une enquête 2014 de la CERC PACA sur la "qualité environnementale dans les constructions de logements neufs des bailleurs sociaux de PACA", 59 % d'entre eux déclarent faire signer aux entreprises une charte de chantier vert.

 

 

 

 

   

 Sophie Midy : "Changer le regard sur les matériaux recyclés"

Sophie Midy est chargée de mission "valorisation des déchets et performance énergétique" à la direction régionale de l'ADEME. (Photo D.R.)

 

Quelle est l'action de l'ADEME en matière de gestion des déchets de chantier ?

Nous déployons un programme de sensibilisation des professionnels et des maîtres d'ouvrage avec deux dispositifs, "Bâtir avec l'environnement" et "Chantiers propres", portés par la FRB. Par ailleurs, nous participons au financement de centres de tri exemplaires. 

Des actions spécifiques envers les maîtres d'ouvrage ?

Avec notre soutien, EnvirobatBDM va mener une enquête sur la réalité des chantiers dits "à faibles nuisances". Nous voulons agir sur la commande, publique ou privée, et nous allons travailler à faire évoluer les cahiers de charges. Nous avons également le projet de soutenir des constructions pilotes, des bâtiments démonstrateurs. 

Et en matière de recyclage ?

Le béton est plutôt bien réemployé, pour les remblais ou les terrassements. Mais pour les matériaux de second oeuvre, il y a encore des progrès à faire. Souvent un matériau recyclé a des propriétés meilleures que le produit initial. Il faut changer les regards sur ces matériaux. 

Et vis-à-vis du logement social ?

Le secteur du logement social a toujours été moteur pour nous. Il serait possible de réfléchir à des actions démonstratives en appliquant l'écoconception à l'acte de construire : prendre en compte les caractéristiques des matériaux, par exemple, pour réduire les découpes et les déchets de chantiers.

 

 

 

 Denis Bondil : "Tout est réutilisable dans la fenêtre"

Denis Bondil est co-gérant de Valtri Environnement (Photo Valtri). Il est associé à Aurélien Arnal, lui aussi co-gérant.

 

Vous dirigez une société qui traite les déchets de chantier et vous valorisez particulièrement les fenêtres PVC. Pourquoi ce choix ? 

Valtri est un centre de traitement qui travaille sur les cartons, le polystyrène et aussi les fenêtres PVC. Nous avons le statut d'entreprise d'insertion. Sur un chantier de rénovation, jusqu'à présent, les fenêtres sont jetées. Nous proposons de collecter ces fenêtres directement sur le chantier et ensuite nous les déconstruisons, nous séparons tous les éléments, le PVC mais aussi l'inox ou les joints en caoutchouc. Ces joints sont les seules parties qu'on ne peut pas recycler, tout le reste est réutilisable dans la fenêtre. Nous arrivons à un taux de recyclage de 98 %. 

Pourquoi ce recyclage n'est-il pas plus systématique ? 

Comme je vous le disais, les habitudes sont difficiles à changer. C'est une organisation de travail nouvelle à mettre en place. Souvent on préfère tout jeter. Et sur un chantier, nouvelle organisation veut dire une benne dédiée pour chaque déchet, un tri effectué sur place. C'est souvent difficile à faire, il ne faut jeter la pierre à personne. 

Comment expliquez-vous que le secteur ne soit pas plus développé ? 

Ce n'est pas une activité qui génère beaucoup de profits. Pour notre part, nous couvrons à peine nos frais. A partir de 2020, la législation sera plus contraignante et il y aura plus d'activité. Peut-être, alors, les grands groupes vont-ils venir investir dans des centres de recyclage... 

 

AR Hlm PACA & Corse
04 91 13 73 26
bienvenue @arhlm pacacorse.com
  La lettre DDSE est réalisée par l'AR Hlm PACA & Corse, dans le cadre d'une convention partenariale avec l'État, la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur et l'Ademe.   arhlmpacacorse.com
regionpaca.fr
ademe.fr
paca.pref.gouv.fr
Copyright 2010 © AR Hlm PACA & Corse Le Saint-Georges 97, avenue de la Corse 13007 Marseille Directeur de la publication : Philippe OLIVIERO, Directeur, AR Hlm PACA & Corse
Rédacteurs : Michel COUARTOU, Aurélien DEROCHE Design : Agence bik&book
Pour vous désinscrire, cliquez ici