Lors de son 1er Comité métropolitain de l’habitat, la métropole Aix-Marseille-Provence a donné la parole à un grand nombre de professionnels de l’acte de construire et d’élus locaux. Deux idées force en sont ressorties, la nécessité de redonner la main aux maires sur les attributions et l’obligation de mener un travail de pédagogie auprès de la population pour accroître l’acceptabilité sociale de la construction.
La Métropole Aix-Marseille-Provence a organisé le 3 juillet dernier son premier Comité métropolitain de l’habitat (CMH), destiné, selon David Ytier, vice-président délégué au logement, « à réunir tous les ans l’ensemble des acteurs qui œuvrent pour le logement sur notre territoire, promoteurs, bailleurs sociaux, collectivités locales et services de l’État ».
Après une présentation du bilan de la première année de mise en application du PLH de la métropole, un grand débat a posé la question des freins à la production. Éric Pinatel, président de l’AR Hlm Paca & Corse y participait, aux côtés d’Arnaud Bastide, président de la FPI (fédération des promoteurs immobiliers), Patrick Amico, adjoint au maire de Marseille chargé du Logement, André Molino, maire de Septèmes-les-Vallons, Arnaud Mercier, maire de Venelles, Laure-Agnès Caradec, présidente d’Euroméditerranée et Lionel Séropian, directeur régional de Nexity.
Redonner la main aux maires
André Molino assure de façon très claire « la réelle volonté des maires de construire des logements sur leur commune », mais pour lui le frein important à cette volonté est la maîtrise des attributions. « Les DALO de la commune ne sont même pas prioritaires. On nous propose des DALO aixois qui ne veulent de toute façon pas venir chez nous. Tous les maires veulent des logements, mais pour leurs habitants ».
Éric Pinatel prend acte de cette position et déplore que le souci de transparence, louable, dans les attributions de logements débouche sur « une situation de blocage ». Il compare la crise actuelle du logement à celle du climat. « Comme pour le climat, nous savons tous qu’une grave crise sociale va arriver, mais nous ne faisons rien. » Il préconise de « travailler tous ensemble, promoteurs et bailleurs sociaux, dès la conception des programmes, pour “sauver” la part de logements sociaux dans les opérations de construction ».
Pour Arnaud Mercier, il faut dépasser l’approche quantitative des quota de logements sociaux. Alors que sa commune est passée en quelques années d’une production de 3 logements par an à près d’une centaine, il propose qu’on dépasse le combien « pour se demander comment, pour quoi faire, pour répondre à quel besoin et de quelle qualité ».
Œuvrer à une meilleure image du logement social
Le président de l’AR Hlm déplore les propos de certains ministres du gouvernement actuel. « Quand on dit que les organismes Hlm se moquent des impôts des Français, ce n’est pas forcément la meilleure manière de promouvoir l’image du logement social ». Il estime que la situation est très préoccupante avec « près de 100 000 demandeurs de logements dans la métropole, dont 30 000 en situation d’urgence ».
Arnaud Bastide précise que « en moyenne, ce sont seulement 50 % des permis délivrés qui sont transformés en des livraisons concrètes de logements. Cela voudrait dire que nous devrions avoir 22 000 permis acceptés pour produire les 11 000 logements prévus dans le PLH. Autant dire que nous ne serons pas au rendez-vous. » Estimant que la valeur de l’exemple est primordiale, il pense que « Aix et Marseille, les deux plus grandes communes de la métropole devraient donner l’exemple d’une véritable relance de la production. Cela entraînerait les autres communes ».
Enfin, il pense que le vrai sujet est celui de l’acceptabilité de la construction par la population. Trop de blocages, trop de recours pourraient ainsi être évités.
Patrick Amico rejoint le propos d’Arnaud Bastide sur cette problématique de l’acceptabilité sociale de la construction. « Les mêmes personnes qui demandent des logements pour leurs enfants ou pour leur famille attaquent les permis qui sont déposés devant chez eux ». Il préconise de relancer les programmes de reconstruction de la ville, les grands projets d’aménagement et de repenser les PLU en ce sens. « Cela donnerait plus de sens vis-à-vis de la population à une politique volontaire de construction. »
Pour Éric Pinatel, « l’étude portée par l’AR Hlm sur la valeur ajoutée du logement social en termes de développement économique pour les territoires et les communes est un formidable argument pour montrer la nécessité de construire et pour faire évoluer l’image trop souvent négative qui est véhiculée ».