Marc Jeanjean : « Les résidences de logements accompagnés sont des îlots de sérénité participant du vivre ensemble »

Marc Jeanjean est vice-président de l’Unafo Paca (union professionnelle du logement accompagné), à ce titre il est membre du comité de pilotage de la mission ouvrir la ville en Paca.

(Photo Alotra)

Qu’est-ce que recouvre le terme « logement accompagné » ?

C’est d’abord un logement très social (les locataires peuvent bénéficier de l’APL) avec un reste à vivre pour le locataire le plus élevé possible, c’est-à-dire avec un niveau de loyer et de charges le plus bas possible. Ce n’est pas un hébergement, c’est du logement, abordable et adapté aux publics accueillis. Les locataires y bénéficient d’une gestion locative sociale de proximité.  Des espaces communs sont préservés où les différents locataires vont pouvoir se retrouver, tisser des liens, partager des temps d’animation autour, par exemple, des fêtes de fin d’année. Des moyens humains sont dédiés pour accompagner les personnes logées (ce n’est pas le logement en lui-même qui est accompagné), répondre à leurs besoins, les aider dans leurs démarches, être présents à leurs côtés.

Le public est très social, ce sont des gens rencontrant des difficultés d’accès ou de maintien dans le logement, que nous accueillons dans des résidences sociales, des pensions de famille, des foyers de travailleurs, des résidences pour jeunes…

Le même public qui est concerné par le plan logement d’abord ?

Absolument. Le logement accompagné est une des réponses que l’on doit développer dans le cadre de ce plan logement d’abord. Ce n’est pas la seule. On ne peut pas répondre de manière uniforme à cette problématique du sans-abrisme et de l’ensemble de tous les publics concernés par le logement d’abord. Ces personnes sont dans des situations très diverses et il nous faut donc apporter des réponses aussi diverses.

Si on veut réussir à donner un logement à tous ceux qui n’en ont pas, il faut privilégier une grande diversité d’approches, en termes de produits logement d’abord et en termes de modalités d’accompagnement ensuite. Notre public est constitué de travailleurs précaires, de personnes âgées à très faibles revenus aussi bien que de jeunes actifs qui démarrent dans la vie, des hommes et des femmes seules, parfois en souffrance psychique, des femmes victimes de violences conjugales… Nous développons une expertise spécifique pour chaque cas particulier.

A propos du logement d’abord, je tiens ici à souligner le rôle important joué par la Mission Ouvrir la Ville en Paca[1] contribuant à la mise en œuvre des politiques publiques en favorisant les échanges entre les différents acteurs que sont l’Etat, les collectivités territoriales, Action Logement, les bailleurs sociaux, les associations…

Les organismes gérant du logement accompagné construisent-ils eux-mêmes les logements ?

En partie seulement, pour ce qui est des organismes agréés « maîtrise d’ouvrage d’insertion » par le Ministère. En grande partie, les logements gérés proviennent de conventions signées avec les bailleurs sociaux qui mettent des logements à notre disposition. Nous nous engageons sur le paiement du loyer, nous entretenons le logement, nous prévenons toute dégradation et tout le monde s’y retrouve in fine. Les bailleurs sont de vrais partenaires du logement accompagné et une très grande partie d’entre eux ont déjà signé des conventions avec l’une ou l’autre de nos structures.

Les communes ont souvent des réticences à accueillir un public dit « très social » alors que les résidences de logements accompagnés sont plutôt un moteur de la convivialité et des lieux de sérénité. Elles peuvent contribuer à faire baisser les tensions dans un quartier. Un seul exemple : quand se crée un potager partagé dans une résidence, ce n’est pas seulement une ouverture vers le quartier, c’est aussi un échange des habitants du quartier avec les occupants de la résidence, c’est une collaboration qui se noue avec les écoles qui organisent des visites, bref, toute une vie nouvelle qui se met en place. Les communes aiment bien ça en général.

Vous parlez de conventions passées avec les bailleurs sociaux. Selon quelles modalités ?

L’Unafo a créé un certains nombres d’outils destinés à ses adhérents, dont des convention-types de gestion stipulant les obligations du propriétaire-bailleur et celles du gestionnaire. Elles permettent notamment de préciser les publics accueillis, le projet social de la résidence, les modalités de gestion et d’accompagnement déployées, le prix du loyer, les travaux relevant du propriétaire ou du gestionnaire.

 Vous êtes à la recherche de nouvelles conventions avec les organismes Hlm ?

Bien sûr. Nous sommes confrontés à deux écueils. Le premier, c’est le volume global de production de logements sociaux. Le nombre des agréments a baissé ces dernières années et les bailleurs ont moins de latitude pour nous en confier une partie. Le deuxième écueil, c’est celui de la lisibilité du logement accompagné, peu visible entre l’hébergement et le logement classique et suscitant encore des craintes. A compter du 6 décembre, l’Unafo organise la semaine du logement accompagné, avec de nombreux ateliers, qui nous permettra de faire mieux connaître nos actions. Les bailleurs sociaux y sont les bienvenus, au côté des élus locaux et des services techniques des collectivités.

 

[1] NDLR : Dont l’animation a été confiée à l’AR Hlm Paca & Corse.

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